Transformation Digitale

La transformation digitale du secteur de la santé inspirée par une crise sanitaire mondiale

23 Oct 2020

par

Sylvain Chery

transformation digitale secteur santé

La digitalisation du secteur de la santé a profité d’une accélération jamais vue ces derniers mois en raison de la propagation du Coronavirus sur la planète.

Suite à cette situation inédite et après des réactions d’urgence, nous avons constaté l’émergence de réponses organisées par différents secteurs et principalement celui de la santé.

Entre les tests à grande échelle, l’identification et le recensement des personnes atteintes, la gestion des établissements sanitaires et la communication, nous avons systématiquement vu les outils informatiques être largement sollicités.

Quelques antécédents à l’utilisation de la technologie digitale lors de crises sanitaires

Si la COVID a mis en lumière la nécessité d’intensifier la transformation digitale du secteur de la santé dans le monde entier, le secteur technologique avait déjà été sollicité par le passé pour proposer des solutions permettant la gestion de crises sanitaires graves.

Ainsi, lors de la crise du SRAS qui a frappé Hong Kong en 2003, l’utilisation de systèmes de données numériques avait permis à l’époque d’identifier des grappes de contaminations pour contenir la diffusion de la maladie.

La technologie numérique avait également été mise à profit lors de la crise EBOLA qui a frappé l’ouest du continent africain de 2014 à 2016. Ici, ce sont les données des téléphones mobiles qui furent utilisées pour cartographier les habitudes de voyage des populations. Des dispositifs de séquençages avaient alors permis d’identifier les zones à risques et de mieux comprendre la dynamique de flambée de l’épidémie.

L’itération, une des pratiques de bases de l’Agilité, s’est naturellement imposée pendant la crise mondiale de la COVID-19

L’ampleur mondiale de la crise sanitaire de 2020 a engendré une évolution inédite des outils digitaux.

Si pour parer à l’urgence, le secteur de la santé s’est d’abord tourné vers des outils existants pour gérer la propagation de la maladie, l’inadaptation des-dits outils a très rapidement conduit à leur transposition à la réalité du terrain.

Ce que, dans le domaine de l’Agilité, nous appelons “itération” est alors devenue une évidence pour transformer les logiciels informatiques et les rendre adaptés à cette nouvelle réalité.

La digitalisation du système de santé ou l’essor de la télémédecine

La télémédecine est un débat qui jusqu’ici avançait doucement. Les arguments des conservateurs enrayaient systématiquement ceux des progressistes. Mais depuis le Coronavirus, les arguments de ces derniers se sont imposés comme des évidences face au besoin de révolutionner la médecine.

Pour permettre le nécessaire développement de la télémédecine, les freins sont évidemment très nombreux. Il apparaît cependant qu’une réflexion s’est initiée pour surmonter les obstacles et enfin développer les non-moins nombreuses opportunités qui sont apparues en 6 mois de pandémie.

L’empathie est-elle possible dans la pratique d’une médecine digitale ?

C’est une des questions que se posent les professionnels du secteur. S’ils sont d’accord pour affirmer qu’il est possible d’organiser le suivi des patients à distance, ils émettent une série de réserves sur différents points fondamentaux.

Ainsi, qu’en est-il de l’empathie nécessaire lors du premier diagnostic, lors de l’annonce d’évolutions dramatiques d’une pathologie ou de la nécessité d’adapter un traitement thérapeutique ? Comment dépasser l’impression de détachement inhérent à la pratique de la médecine à distance ?

Une deuxième question de fond touche à la sécurité des données et à la confidentialité des échanges. En initiant le débat de la télémédecine à distance, nous envisageons évidemment l’utilisation accrue de la visioconférence lors de consultations médicales. Le fait est que cela ne peut pas se faire en utilisant les services commerciaux de visioconférence disponibles sur le marché et conçus pour un usage général. Ceux-ci étant inadaptés à cette utilisation.

Il est dès lors intéressant de se poser la question du développement d’un logiciel dédié à la pratique de la médecine à distance où la confidentialité est garantie et où une évaluation approfondie à distance devient possible.

Un autre point qui fait débat touche à la crainte de l’erreur médicale due à l’utilisation du matériel informatique et à la distance patient/praticien que cela suggère. Comment être sûr que le diagnostic posé tient compte des ressentis du patient alors que la simple palpation est rendue impossible ?

Le dernier point de réflexion qui se pose comme frein dans le débat concerne les aspects de la rémunération du médecin et de l’intervention automatisée des différentes assurances santé pour une consultation à distance. Comment gouverner, surveiller et rendre compte dans ce nouveau modèle ?

Toutes ces questions imposent des discussions ouvertes où les appréhensions des professionnels de la santé sont soumises à des ingénieurs logiciels expérimentés. Seules ces rencontres pluridisciplinaires pourront permettre d’envisager la mise en place d’outils informatiques adaptés à une réalité où ils sont devenus nécessaires.

Cependant, en matière de télémédecine, ce sont les britanniques qui sont susceptibles d’apporter une réponse inspirante aux différentes questions posées. Il existe outre-manche une première ébauche d’un logiciel informatique qui a été spécifiquement conçu pour permettre la consultation médicale à distance. Ce dernier se base sur l’auto-évaluation et aide à prendre des décisions qui tiennent compte des antécédents répertoriés dans les dossiers médicaux.

Une chose est sûre, chaque nation dispose d’une politique propre en matière de santé publique et les logiciels devront intégrer les paramètres actuels et être suffisamment agiles pour évoluer rapidement quels que soient les changements à opérer.

La demande d’outils numériques liés à la santé est en augmentation auprès du grand public

Les outils ayant été développés et mis à disposition du public ont permis de familiariser les utilisateurs et de les convaincre de la praticité de ceux-ci.

Nous pouvons notamment citer quelques exemples concrets issus de rapports étrangers :

  • Les programmes de surveillances du diabète à distance via des outils technologiques ont vu leur taux d’utilisation augmenter de 10% pendant et après l’apparition du Coronavirus.
  • Les commandes à distance de produits pharmaceutiques via des outils numériques de proximité ont marqué une très nette progression pendant le confinement et ont perduré ensuite.
  • L’accès aux dossiers médicaux via les réseaux numériques s’est intensifié suite à la crise du Coronavirus permettant un suivi plus rapide des patients par les différents intervenants du secteur de la santé.
  • La demande de soins personnalisés et directement accessibles a vu une très nette augmentation pendant le premier semestre 2020.

D’après ces premiers enseignements sur les habitudes de consommation en matière de soins de santé, on peut tirer comme conclusion que le public est prêt à modifier ses comportements et à accepter l’utilisation des outils digitaux pour faciliter les échanges avec les praticiens.

De plus, d’après les premières constatations, ces modifications du comportement liés au domaine médical semblent perdurer pour s’installer dans un modèle d’évolution à long terme.

Quelques exemples de technologies médico-digitales développées pendant la crise de la COVID-19

Les solutions que nous proposons ci-dessous ne fournissent qu'un petit aperçu des avancées que les solutions de santé numérique peuvent engendrer dans l’immédiat, mais également dans un avenir post-pandémique.

DOCDOT :

Il s’agit d'une application mobile assistée par IA qui facilite le suivi à distance des signes vitaux d'un patient. L’application est très facile à utiliser. Le patient doit simplement fixer la caméra et répondre à une série de questions. Il reçoit ensuite les résultats dans la minute. Cette application permet de diagnostiquer, de surveiller et finalement d’empêcher la propagation de la maladie grâce à un système de télésurveillance et de télévision géo-référencée.

Consultation vidéo FLEMMING :

Cette technologie est proposée gratuitement par ACCURX pour contrer la propagation du virus. Afin d’éviter le déplacement des patients vers les établissements de santé, l’application est dédiée à réaliser des consultations à distance. Accessible en deux clics et simple d’usage pour le patient, le dispositif permet aux professionnels de passer un appel sans devoir partager son numéro de mobile et sans devoir utiliser une application tierce.

ACORRD :

Il s’agit d’un outil qui aide les professionnels à trier et à surveiller rapidement les patients COVID-19 dans les milieux hospitaliers. L’application fonctionne depuis les smartphone et permet de mesurer cliniquement l’état des patients d’après l’indice COVID Critical Care.

Grâce à cette fonction, ACORRD aide les cliniciens à prodiguer les soins les plus adaptés en fonction de l’état général du patient. L’application permet aussi de prioriser les interventions et d’attribuer les ressources technologiques et humaines vers les cas les plus sévères.
ACORRD est, en outre, capable de suivre en direct la progression de la maladie et de fournir des alertes et des conseils cliniques de haut niveau dans des délais salvateurs.

COMMCARE :

Il s’agit d’une plateforme qui offre la possibilité de déployer des applications mobiles pour chacune des phases de gestion de l’épidémie de COVID. Ainsi les protocoles de dépistages, la surveillance et le traçage des personnes infectées, la prise de décisions sur base des derniers protocoles en vigueurs et le suivi logistique des fournitures de laboratoire sont tous gérés depuis une seule et même plateforme.

THINKMD :

Les développeurs de cet outil se sont donnés comme objectifs de fournir un outil qui permet de trier et d’alléger les services médicaux de prestations de soins en vue d’augmenter l’efficacité des interventions là où elles sont les plus limitées.

L’outil fonctionne en acquérant les données sur l’état de santé de la population et analyse l’évolution de la maladie. Elle permet de fournir aux ministères de la Santé et aux agences spécialisées des données permettant la mise en place de stratégie de réponse à la propagation du virus du COVID-19. Les décideurs peuvent ainsi plus facilement rationaliser les efforts à produire et les orienter vers les zones qui en ont le plus besoin.
L’outil profite en sus de mises jour pour rester en phase avec les directives et les recommandations qui permettent d’endiguer la propagation de la maladie.

ASPECT :

ASPECT est un outil permettant de communiquer les données de santé dans des zones à faible ressource. Le logiciel de diagnostic fonctionne via les réseaux 2G et 3G et transmet les données enregistrées de façon rapide et sécurisée. Cette technologie permet de diminuer le temps de prise en charge des patients dans les zones reculées d’Afrique. Aspect permet également de gérer les stocks de matériels nécessaires aux traitements des personnes affectées et à la réalisation des tests en milieux hospitaliers.

Il ne s’agit ici que de quelques exemples de technologies digitales développées pour répondre à la pandémie. Si certaines de ces technologies paraissent basiques, elles laissent malgré tout apparaître une tendance à l’échelle mondiale : toutes les nations ont adopté des technologies digitales afin d’apporter une solution à la gestion et à la propagation de la maladie.

Notre point de vue en tant que développeurs de logiciels et facilitateurs en transformation digitale

La crise sanitaire inédite que nous traversons provoque une évolution d’une rapidité jamais vue. Le génie humain a développé une énorme quantité de solutions pour permettre la gestion et l’endiguement de la propagation de la maladie. Et nous avons pu constater à quel point le passage à un modèle de santé numérique est bénéfique au domaine médical.

Nous sommes d’ailleurs convaincus que l’élan d’innovation constaté au premier semestre de 2020 se prolongera à l’avenir pour plusieurs raisons.

D’abord, les solutions de santé numériques ont pu prouver leur efficacité. Le travail des professionnels a été grandement facilité, l’expérience des patients s’est vue être améliorée et la gestion de la crise sanitaire en a largement profité.

Ensuite, les différentes solutions développées dans le cadre de la gestion de la pandémie de COVID-19 sont dotées d’un grand potentiel d’adaptation à d’autres pathologies et peuvent aisément être améliorées pour intégrer des singularités propres à des traitements spécifiques.

  • Cependant, pour adopter ces technologies, il est primordial de dépasser un certain nombre de freins :
  • La sécurité des données confidentielles doit être garantie pour conserver le niveau de confiance du public envers le monde médical.
  • Le personnel et les parties prenantes doivent être formés à l’utilisation des nouvelles technologies pour les adopter et les utiliser au quotidien.
  • La majorité des patients doit être ouverte à l’utilisation de la technologie digitale dans la gestion de leur pathologie.
  • La mise en place de normes et de standards ouverts afin d’assurer l’interopérabilité des outils développés.

Seul le temps nous dira si les solutions créées pour lutter contre la pandémie peuvent faire tomber les barrières et permettre l'adoption du principe de santé numérique. Cependant, avec les patients et les professionnels de la santé qui en bénéficient déjà, la digitalisation de la médecine promet de devenir un enjeux d’avenir.